L'enseignant du XXIe siècle : pratiques et boîte à outils

par EZ
15 minutes
L'enseignant du XXIe siècle : pratiques et boîte à outils

Chaque jour, la révolution numérique transforme nos échanges, nos comportements, notre environnement. Durant les 20 dernières années, notre manière d'accéder au savoir a été profondément modifiée grâce à la multitude de contenus multimédias disponibles en ligne.

Mais, qu'en est-il de l’impact du numérique sur la transmission du savoir et des compétences ? Comment l'enseignant du XXIe siècle peut-il utiliser les outils numériques pour gagner en confort et en efficacité et pour dynamiser ses pratiques de classe ?

Une question de culture numérique

Deux phases sont prépondérantes à une utilisation confortable et raisonnée des outils numériques dans un contexte éducatif : 

D'une part, la maîtrise de son environnement numérique et d'autre part, l'acquisition d’une culture numérique.

La première phase est d'apprendre à gérer efficacement son environnement de travail quotidien : savoir structurer et organiser son espace de travail, créer des dossiers, ranger ses fichiers (et les retrouver), installer un logiciel ou une application, connaître les paramètres de base du système d’exploitation (Windows, macOS, Debian, Fedora, iOS, Android, etc.) de son appareil. Cette étape d'expérimentation et de découverte (souvent par l’erreur) est nécessaire pour comprendre le fonctionnement d'un ordinateur, d'une tablette ou d’un mobile et se sentir en confiance avec l'outil numérique. Elle permet également de se familiariser avec les interfaces des sites, des logiciels et des applications, qui reprennent souvent des icônes, des fonctionnalités et des comportements proches ou similaires. Par exemple, il est convenu aujourd'hui que l’icône hamburger ( ) sur une application mobile ou un site Web permet d’accéder à un menu de navigation.

La deuxième phase est celle de l'acquisition d’une culture numérique qui permet de comprendre et d’analyser les défis et les enjeux liés au monde numérique dans lequel nous vivons. La révolution numérique requiert des clés de compréhension. La culture numérique regroupe ainsi des thématiques diverses comme l’éducation aux médias, la citoyenneté numérique ou encore la cyber-sécurité, qui représentent de nouveaux champs d’investigation pour les enseignants.

À découvrir :

L'enseignant de FLE du XXIe siècle

L'enseignant de FLE (français langue étrangère) du XXIe siècle utilise une suite bureautique libre (LibreOffice) ou une chaîne éditoriale (SCENARIChain) pour préparer ses documents de cours.

Il navigue sur Internet avec Mozilla Firefox (le seul navigateur majeur libre), cherche des ressources multimédias attractives pour ses apprenants (courts métrages, chansons, publicités, etc.) et lit ses fichiers audio et vidéo avec VLC. Quand il trouve une vidéo intéressante sur YouTube, il utilise Digiplay pour la diffuser et la partager afin de libérer le visionnage de toutes distractions (publicités, commentaires, vidéos recommandées, etc.). Il préfère toutefois les vidéos hébergées sur des instances éducatives de PeerTube.

Il sait évaluer les ressources et l'information en ligne, arrive à reconnaître que les articles du Gorafi sont parodiques et comprend le mot littératie. Il a à cœur de développer l'esprit critique de ses apprenants et aborde l'éducation aux médias de manière transversale, car il forme les citoyens de demain.

Il ajoute ses sites préférés dans les marque-pages de son navigateur pour pouvoir y revenir sans passer par le moteur de recherche (DuckDuckGo, parce qu'il est responsable et qu'il se soucie de la protection de sa vie privée).

Il stocke ses documents sur une clé USB sécurisée et vaccinée ou dans le nuage pour pouvoir y accéder à tout moment et en tout lieu, ou presque.

Il sait nommer et utiliser cet amas de pixels (et va potentiellement découvrir un large panel de sites proposant des ressources authentiques pour l'enseignement et l'apprentissage du français) :

Il utilise l'appareil photo de son téléphone ou une application dédiée pour prendre des photos et enrichir sa banque de supports authentiques quand il est en environnement francophone.

Quand il télécharge un fichier audio ou une vidéo avec VideoCyborg, il sait couper un ou plusieurs extraits et gagner ainsi en confort de diffusion dans la classe en présence ou à distance.

Pour motiver ses apprenants, il crée parfois des supports originaux : il utilise le logiciel Audacity (ou Logimix) pour créer des mixages audio à partir de bruitages et de musiques libres de droits trouvés sur La Sonothèque et Au bout du Fil et il compose des nuages de mots et des compositions graphiques avec Digiwords et Digicard.

Il est à l’aise avec les formats de fichiers pour la bureautique (.odt, .odp, .ods, .docx, .pptx, .xlsx, .pdf, .zip) mais également avec les formats de fichiers multimédias courants (.mp3, .ogg, .mp4, .jpeg, .png, etc.). Il utilise PDF SAM Basic pour manipuler les fichiers PDF.

Il est attentif aux questions de propriété intellectuelle et sait que, sauf mention contraire, toutes les ressources en ligne sont soumises aux règles du copyright. Il connaît les licences Creative Commons, qu'il décline sur les documents distribués aux apprenants et publiés en ligne.

Il utilise Bitwarden pour générer des mots de passe complexes pour s'inscrire à un nouveau service en ligne. Il ne connaît aucun de ses mots de passe (ce n'est pas grave, Bitwarden s'en souvient pour lui) et sourit quand il se remémore l'époque où tous ses mots de passe étaient 0123456 (le mot de passe le plus utilisé au monde).

Quand il choisit des outils numériques pour une activité de classe, il veille à ce que les apprenants n'utilisent pas leurs adresses électroniques et comptes personnels et privilégie les outils qui ne nécessitent pas d’inscription préalable comme les outils de La Digitale ou la plupart des outils Framasoft. S'il travaille avec les réseaux sociaux, il crée un compte pour la classe et, au-delà de l'usage pédagogique, apporte un éclairage et fait réfléchir les apprenants sur les bénéfices, les limites et les dangers de ces outils de communication et de publication de contenus.

La dimension pédagogique du numérique : un XXIe siècle novateur ?

L'apprenant et l'apprentissage sont au cœur des préoccupations de tout enseignant. Pour varier les modalités d’apprentissage et rendre les apprenants acteurs de leur apprentissage, l'enseignant du XXIe siècle inverse parfois la nature des activités d'apprentissage et prépare des capsules vidéos (avec Shotcut) et des exercices interactifs (avec Logiquiz + Digiquiz, LearningApps ou la Quizinière) pour travailler à la maison et profite du temps de classe pour favoriser les interactions, la collaboration, l'inclusion et la différenciation pédagogique.

L'enseignant du XXIe siècle sait s'approprier le matériel de la salle de classe (écran interactif, vidéoprojecteur, visionneuse de documents, etc.) et sait résoudre les problèmes simples liés à la diffusion de l'image et du son. Il utilise également à bon escient les téléphones des apprenants et montre ainsi que cet outil de communication et de divertissement peut aussi devenir un outil d’apprentissage et de création. 

Pour s'adapter à des apprenants dont la capacité d’attention par minute excède rarement plus de 8 secondes (source : étude de Microsoft Canada sur la capacité d’attention réalisée en 2015), il doit redoubler d'efforts pour proposer des activités ludiques et captivantes.

Il utilise des codes QR créés avec Générateur de code QR pour mettre en place des activités ludiques (énigmes, chasse au trésor, etc.) et partage des documents avec les apprenants en utilisant des liens raccourcis, qu'il crée avec Digilink.

Pour animer la classe et gérer ses ressources, il utilise Digiscreen et devient un véritable DJ pédagogique, en présence ou à distance.

Pour varier les activités, il a recours à des outils de sondage et de quiz en temps réel comme Digistorm.

Selon le niveau de ses apprenants et le matériel à disposition, il propose de réaliser des projets numériques motivants (courts métrages, films de poche, fictions radiophoniques avec Logimix, bandes dessinées avec BDnF, livres numériques, magazines thématiques, dictionnaires multimédias collaboratifs avec Leximage, etc.) et accorde une grande importance aux tâches collaboratives, qu'il peut orchestrer avec des outils comme Digipad ou Digidoc.

Pour que ses apprenants restent en contact avec la langue française en dehors des cours, il sélectionne des ressources adaptées à leurs goûts et à leurs intérêts, qu'il regroupe en bouquets avec Digibunch.

Il sait enfin que les ressources numériques ont vocation à être utilisées en complément des supports traditionnels (méthode papier, photocopies, etc.) et non à les remplacer. II peut ainsi combiner dans une même séquence, à partir d’un support audiovisuel, une activité d’écoute et de visionnage avec une consigne écrite au tableau, puis passer à une activité sur support papier et enchaîner sur une activité de production orale ou écrite sur téléphone ou tablette.

Le numérique pour découvrir et se former

L’enseignant de français du XXIe siècle connaît l'importance de la formation continue et du développement professionnel tout au long de la vie pour pouvoir continuer à dynamiser ses pratiques de classe et rester informé de l’actualité didactique et pédagogique de son champ d’expertise.

Il fait de la veille en ligne, ce qui lui permet de découvrir de nouvelles pratiques, des ressources clés en main et de nouveaux outils. 

Il suit des CLOM (cours en ligne ouverts et massifs) et des webinaires d’informations.

Il sait surtout s'adapter et développer de nouvelles compétences en situation de crise : maîtrise d'environnements de travail asynchrones, enseignement en classe virtuelle, etc.

Enfin, l'enseignant de français du XXIe siècle partage avec ses pairs des pratiques innovantes, des expérimentations et des projets pédagogiques, des sélections de ressources ou des créations originales, par l'intermédiaire des médias sociaux, de pages personnelles, de forums pédagogiques ou de communautés d'enseignants. 

Pour conclure

L'enseignant du XXIe siècle ne se laisse pas engloutir par le déluge d'informations et la multiplicité des outils : il retient un outil s'il le rend plus efficace, lui fait gagner du temps ou s'il présente un intérêt pédagogique avéré.

L'enseignant du XXIe siècle n'est pas un informaticien, il doit en priorité se concentrer sur son activité d'enseignement, que le numérique peut faciliter, enrichir ou diversifier. 

Un grand bravo à toutes les enseignantes et tous les enseignants qui sont entrés (souvent sans avoir le choix) dans le XXIe siècle du numérique éducatif !

Note : cet article a été rédigé initialement en écriture inclusive, après un retour en arrière pour fluidifier la lecture...